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Chine: Pékin n’a plus de raisons d’avoir peur des États-Unis

Source: 24 heures | Original Published At: 2025-04-08 15:06:16 UTC

Key Points

  • Réduction de la dépendance chinoise aux États-Unis (14% des exportations en 2024 vs 30% en 2018)
  • Menaces de représailles chinoises face aux taxes douanières américaines
  • Diversification des partenaires commerciaux vers l'Europe, l'Afrique, l'Inde et les BRICS+
  • Risques pour l'industrie européenne face aux produits chinois à bas prix
  • Stimulation de la consommation intérieure en Chine pour réduire l'importance des exportations

La part des exportations chinoises vers l’Amérique a reculé à 14% du total des exportations du pays en 2024, contre encore près de 30% en 2018.

En bref : Les nouvelles taxes américaines sur les importations chinoises déclenchent des menaces de représailles. La Chine diversifie ses partenaires commerciaux, réduisant sa dépendance à l’égard des États-Unis. L’Europe pourrait bénéficier de produits chinois à bas prix, ce qui ferait peser un risque sur l’industrie européenne. Les autorités chinoises stimulent la consommation intérieure pour soutenir la croissance économique du pays.

Le bras de fer s’annonce sanglant. «Les taxes vont avoisiner 104% sur les importations chinoises aux États-Unis, et la Chine va répliquer massivement si Trump va de l’avant», lâche, un brin perplexe, John Plassard, spécialiste en investissements de la banque Mirabaud. Ces nouvelles barrières douanières doivent être appliquées à partir de ce jeudi 10 avril. On lorgne Washington pour prendre des nouvelles. Trump va-t-il lever le pied?

Pékin a été clair. «Si les États-Unis poursuivent la mise en œuvre de ces barrières tarifaires renforcées, la Chine prendra résolument des contre-mesures pour préserver ses droits et ses intérêts», a répliqué le Ministère du commerce, cité par le «Financial Times».

«Il va y avoir des discussions entre les deux pour édulcorer un peu les choses», estime John Plassard. Voilà pour le très court terme.

Mais le mal serait plus profond et les agendas irréconciliables. «La Chine a une vision à quinze ou vingt ans, et non pas à une année et demie, comme aux États-Unis, avec les élections de mi-mandat au Congrès pour Trump», explique le financier.

Cela a son importance pour la suite. D’autant que Michael Strobaek, directeur de l’investissement chez Lombard Odier, redoute que «les barrières tarifaires vont probablement geler les relations commerciales entre les deux nations pendant longtemps». Et Pékin place tranquillement ses pions.

La guerre commerciale actuelle pourrait in fine lui profiter. «Comme plan B, la Chine va développer ses débouchés vers l’Europe, l’Afrique, et peut-être même l’Inde», prévoit d’ailleurs John Plassard.

Pékin dispose d’un solide réseau. La Chine a tissé sa toile sur tous les continents. Surprise: les États-Unis ne seraient déjà plus un partenaire commercial essentiel. «La réalité est que la part des exportations chinoises vers l’Amérique a reculé à 14% (ndlr: contre près de 30% du total des exportations du pays en 2018)», poursuit-il. Les Américains sont donc un partenaire important, mais pas primordial.

Les Chinois ont effectivement d’autres options. «À l’image de ce qui s’est passé lorsque Joe Biden a virtuellement bloqué les importations de panneaux solaires chinois et que Pékin a alors écoulé sa production en Europe avec des discounts, la Chine va se tourner vers nous pour vendre à bas prix les biens qu’elle fabrique (appareils ménagers, etc.)», prévient le financier.

Cela va s’avérer délicat pour l’Europe. L’industrie locale risque de souffrir. La crise qui frappe aujourd’hui le secteur européen du photovoltaïque est symptomatique de cette menace. Fragilisés par la concurrence chinoise, les fabricants de panneaux solaires du Vieux-Continent se retrouvent en grande difficulté, à l’image du groupe suisse Meyer Burger.

Mais tout n’est pas noir pour autant. «Nous allons acheter leurs voitures électriques bon marché et ils importeront des instruments de précision ou de la chimie pour leur industrie depuis l’Europe», illustre John Plassard.

Des débouchés agricoles sont aussi possibles pour l’Union européenne. «Les Chinois achètent beaucoup de poulets congelés et de produits agricoles, du soja notamment, aux États-Unis, et ils pourraient se tourner davantage vers l’Europe à l’avenir», estime John Plassard.

La Chine n’a pas que l’Europe dans le viseur. «Alors que les États-Unis abandonnent leur politique commerciale ouverte au profit d’accords plus limités, la Chine pourrait combler le vide en resserrant ses liens avec les économies des BRICS+ (ndlr: Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, Iran, Égypte, Émirats arabes unis, Indonésie et Éthiopie)», souligne Nannette Hechler-Fayd’herbe, économiste chez Lombard Odier.

Le rapport au continent africain a clairement son importance. «Avec les Nouvelles routes de la soie, l’Afrique est aujourd’hui chinoise à plus de 50%», provoque John Plassard. Le riche sous-sol africain et les terres agricoles font saliver Pékin, qui construit routes, ports et autres infrastructures vitales pour se donner le droit d’exploiter ces richesses: lithium, or, cobalt ou encore cuivre, «une stratégie pensée à long terme».

Pour se développer, la Chine cherche également à répliquer le modèle américain. «Aux États-Unis, la croissance est soutenue à 70% par la consommation domestique (ndlr: dépenses des ménages et investissement des entreprises), contre 40% en Chine», détaille l’économiste. Autrement dit, Pékin veut, en termes de croissance, être moins tributaire de ses exportations.

La Chine a d’ailleurs pris des mesures en ce sens. «Pour aider la consommation, les autorités soutiennent aujourd’hui l’immobilier et la Bourse, auxquels les ménages chinois sont très sensibles», rappelle l’expert. Les banques régionales sont par exemple poussées à prêter aux particuliers à des conditions moins restrictives, et la fiscalité des ménages a été réduite (allocations familiales augmentées, impôts sur l’immobilier diminués, etc.). Bref, Pékin se prend à rêver d’Amérique.

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