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“Faire du monde un endroit plus sain”: en Inde, un sommet du G20 devenu campagne politique pour Modi

"Faire du monde un endroit plus sain": en Inde, un sommet du G20 devenu campagne politique pour Modi
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Source: Le Temps | Original Published At: 2023-09-08 17:40:15 UTC

Key Points

  • Le sommet du G20 en Inde est utilisé par Narendra Modi comme plateforme de campagne électorale.
  • L'Inde affirme son influence internationale via l'inclusion de l'Union africaine au G20 et l'expansion des BRICS.
  • Le sommet met en lumière les tensions internes entre développement autoritaire et valeurs démocratiques.
  • L'absence de consensus sur l'Ukraine et les divergences géopolitiques entre membres du G20 sont notables.
  • Le remplacement du nom "India" par "Bharat" dans les invitations reflète des tensions identitaires.

Et rien ne doit gâcher la fête. Un jour férié a été décrété et les magasins resteront fermés. Le dispositif sécuritaire déployé est hors norme, avec des grappes de policiers à tous les coins de rue, des systèmes anti-drones et des tireurs d’élite disséminés. Le maître de cérémonie est le premier ministre Narendra Modi. Son visage à la barbe blanche est omniprésent sur les posters, à côté du sigle du G20 arborant la fleur de lotus, emblème du parti nationaliste hindou du BJP au pouvoir. Certains ont fait le calcul: sur le trajet de l’aéroport à leurs hôtels, les chefs d’Etat passeront 250 fois devant son portrait.

D’une pierre, deux coups. La publicité démesurée autour du G20 coïncide avec l’approche d’élections prévues au printemps. Narendra Modi, à bientôt 73 ans, briguera un troisième mandat. «Les électeurs indiens réalisent la stature croissante de l’Inde sur la scène mondiale grâce à la gouvernance de Narendra Modi, s’enthousiasme Shakti Singh, représentant du G20 sous les couleurs du BJP. Cela va jouer lors des élections.»

Un sommet devenu campagne politique

La campagne bat déjà son plein. Accusant le pouvoir de porter atteinte à la démocratie, une trentaine de partis d’opposition ont formé une coalition inédite. «La présidence du G20 est tournante mais ce gouvernement la présente comme un privilège accordé à l’Inde grâce à Narendra Modi, dénonce Karti Chidambaram, député du parti d’opposition du Congrès. Le BJP a transformé le sommet en campagne politique à la gloire du Premier ministre.»

Tout semble sourire à une Inde qui passe sur le devant de la scène. Elle est devenue cette année le pays le plus peuplé et, l’an dernier, la 5e économie de la planète, devant l’ancien colonisateur, le Royaume-Uni. Son programme spatial est auréolé d’exploits avec notamment, en août, le déploiement d’un robot sur une zone inexplorée de la surface lunaire. Autrefois infréquentable pour les chancelleries occidentales, Narendra Modi a été l’invité d’honneur de la France lors du 14 Juillet, dans la foulée d’une visite à Washington. Cette image flatte le nationalisme des Indiens, pourtant frappés par la flambée des prix alimentaires et le chômage.

Dans le cadre du sommet, Narendra Modi s’autoproclame voix des pays en développement et du «Sud global». «Notre présidence a connu la plus grande participation de pays africains et poussé à l’inclusion de l’Union africaine en tant que membre permanent du G20», souligne le premier ministre dans une rare tribune publiée dans The Indian Express. Un vœu avalisé avec succès, ce jeudi, par les autres membres du G20. Dans cet esprit, l’Inde s’est récemment entendue avec la Chine pour accueillir six nouveaux pays au sein des BRICS.

Devant le palais des Congrès du G20 flambant neuf s’affichent des slogans héroïques, et un peu flous: «Faire du monde un endroit plus sain», ou «Résoudre les plus grands défis de l’humanité». «L’adaptation au changement climatique, la transformation numérique, l’amélioration des infrastructures et l’accès à la santé sont au cœur de la présidence indienne», insiste Shakti Singh. «L’Inde oscille entre une approche du développement à la chinoise, interventionniste et paternaliste, et la philosophie démocrate et libérale de sa Constitution, juge de son côté l’analyste Mohamed Zeeshan, auteur de Flying Blind, India’s quest for global leadership [littéralement Vol aveugle. La quête de l’Inde pour un leadership mondial, ndlr]. Il est peu probable qu’elle puisse présenter au monde une vision claire tant que ce débat ne sera pas tranché au niveau national.»

Le premier ministre sait flatter les attentes de ses invités étrangers tout en avançant ses pions. Durant le G20, il honorera le mahatma Gandhi, exécré par son parti, ou saluera l’Inde en «mère de la démocratie» en dépit d’une répression sévère envers les médias, la société civile et les membres de l’opposition. L’orée du G20 est aussi marquée par un coup de théâtre, avec le remplacement, sur des cartons d’invitation, du mot «India» par le mot «Bharat», prisé par les nationalistes hindous.

A multiplier les ambitions et les messages, Narendra Modi pourrait-il se brûler les ailes? «L’Inde a gagné en exposition mondiale, sa parole est donc plus scrutée, souligne Mohamed Zeeshan. Son silence à l’égard de la guerre en Ukraine, des ambitions chinoises à Taïwan ou, sur son sol, du conflit ethnique dans le Manipur suscite des interrogations.» Les capacités de l’Inde à maîtriser le format multilatéral du G20 seront certainement un défi. Si le slogan promet «Une Terre, une famille, un avenir», les participants sont plus divisés que jamais.

Alors que la présidence de l’Inde laissait espérer une médiation sur la crise ukrainienne avec la Russie, son allié traditionnel, le président Vladimir Poutine, a déclaré forfait. Tout comme son homologue chinois, Xi Jinping, qui s’irrite du rapprochement de l’Inde avec les Etats-Unis et entretient des relations épineuses avec son grand voisin, alors que persistent les tensions à la frontière commune dans l’Himalaya. Une absence qui témoigne aussi du désintérêt d’une partie du monde pour ce sommet, perçu comme façonné pour et par l’Occident.

L’impossible consensus sur l’Ukraine

Naviguant entre les Etats-Unis, la Russie et la Chine, New Delhi dispose d’une marge de manœuvre réduite. Depuis un an, l’Inde a pourtant préparé le terrain avec plus de 200 réunions de délégations étrangères conduites dans 60 villes indiennes. Mais un consensus semble hors d’atteinte sur le dossier de la guerre en Ukraine, bloqué par la Russie, la restructuration de la dette, bloquée par la Chine, ou encore l’inflation alimentaire et le commerce mondial.

L’Inde pourrait être le premier pays à présider un sommet du G20 dépourvu d’accord. Sans grande conséquence pour Narendra Modi, prédit Karti Chidambaram, pour qui «les Indiens n’attendent de toute façon pas grand-chose du sommet». Devenue centrale au sein du G20 comme des BRICS, la diplomatie indienne saura faire feu de tout bois .

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