Qu’est-ce que le HFC-125, cette substance dans l’air en forte augmentation repérée par les satellites
Source: Presse-citron | Original Published At: 2024-12-17 11:01:36 UTC
Key Points
- Le HFC-125 est un gaz à effet de serre 3500 fois plus puissant que le CO2 sur 100 ans
- Ses concentrations ont décuplé entre 11 et 25 km d'altitude depuis 2004
- Utilisé dans la climatisation et les systèmes de refroidissement industriels
- Les pays BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine) et MINT (Mexique, Indonésie, Nigéria, Turquie) sont les principaux contributeurs
- Inclus dans l'amendement de Kigali pour sa réduction progressive
Nous polluons toujours plus notre environnement et épuisons nos ressources à vitesse grand V : activités industrielles, agriculture intensive, consommation de masse, explosion de technologies énergivores comme l’IA, production d’énergie, etc. D’un autre côté, la surveillance de la pollution et notamment des composés atmosphériques n’a jamais été aussi précise qu’aujourd’hui.
Les données collectées par l’outil ACE-FTS (Atmospheric Chemistry Experiment – Fourier Transform Spectrometer) embarqué à bord du satellite SCISAT permettent désormais d’observer avec acuité la présence de substances jusqu’alors difficiles à quantifier dans les hautes couches de notre atmosphère. Parmi elles, le HFC-125 occupe une place particulière qui mérite toute notre attention.
Le HFC-125, persona non grata de notre atmosphère
Le HFC-125 ou hydrofluorocarbure 125 (formule chimique : C2HF5) présente des propriétés thermodynamiques exceptionnelles qui en font un agent particulièrement préoccupant dans le contexte du réchauffement planétaire. C’est un gaz à effet de serre au potentiel de réchauffement global (PRG) absolument vertigineux. Son ratio atteint les 3 500 : 1 par rapport au dioxyde de carbone sur une échelle temporelle d’un siècle. Cela signifie que pour une même quantité de gaz relâchée dans l’atmosphère, le HFC-125 contribuera à piéger 3 500 fois plus de chaleur que le CO 2 .
Cette molécule organique fluorée, synthétisée en laboratoire dans les années 1990, fut élaborée comme substitut aux chlorofluorocarbures (CFC) et aux hydrochlorofluorocarbures (HCFC), composés dont l’interdiction progressive s’imposait en raison de leur action destructrice sur la couche d’ozone stratosphérique.
Sa stabilité chimique et ses propriétés thermiques remarquables – notamment sa capacité d’absorption des radiations infrarouges et son point d’ébullition optimal de -48,1° C – en ont rapidement fait un composé de choix pour les applications industrielles. On le retrouve ainsi massivement comme fluide caloporteur dans les systèmes de climatisation, comme agent réfrigérant dans les circuits de refroidissement, et comme agent extincteur dans les dispositifs de lutte contre les incendies, particulièrement dans les zones à risque électrique où l’utilisation d’eau est proscrite.
Une progression exponentielle documentée depuis l’espace
Les chercheurs de l’Université de Waterloo, mandatés par l’Agence spatiale canadienne, ont exploité les capacités du spectromètre ACE-FTS pour quantifier la distribution de ce composé entre 11 et 25 km d’altitude. Cette zone, à la frontière entre la troposphère supérieure et la basse stratosphère, n’avait jamais fait l’objet de telles mesures auparavant.
Les résultats sont sans appel : en l’espace de deux décennies, les concentrations ont décuplé, portées par l’industrialisation galopante et la démocratisation des technologies de refroidissement, particulièrement dans les économies émergentes. Parmi ceux-ci : Brésil, Russie, Inde, Chine (BRICS) ou encore Mexique, Indonésie, Nigéria et Turquie (MINT) font partie des plus importants.
La persistance atmosphérique du HFC-125 amplifie la gravité de la situation. Sa capacité à piéger durablement la chaleur, combinée à sa longue durée de vie dans l’atmosphère, en fait un acteur tristement central du dérèglement climatique. Face à ce constat, la communauté internationale a intégré ce composé dans l’amendement de Kigali au Protocole de Montréal, visant à restreindre progressivement sa production et son utilisation.
Une preuve que le CO 2 est loin d’être notre seul ennemi dans l’atmosphère, et que d’autres gaz, moins connus du public, sont tout aussi dangereux. Les perfluorocarbures (PFC) et l’hexafluorure de soufre (SF6) utilisés dans l’industrie électronique, ou le protoxyde d’azote (N2O), produits par l’industrie et l’agriculture font également partie de cette liste.
Le HFC-125, utilisé dans la climatisation et les systèmes industriels, est un gaz à effet de serre extrêmement puissant.
Sa concentration dans l’atmosphère a explosé en 20 ans, notamment dans les pays en forte croissance économique.
Avec sa longue durée de vie, il contribue lourdement au dérèglement climatique, malgré les tentatives de régulation internationale.