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L’Iran, une République islamique en ruines

L’Iran, une République islamique en ruines
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Source: Le Monde | Original Published At: 2023-09-15 03:45:08 UTC

Key Points

  • Mort de Mahsa Amini et soulèvement populaire en Iran (septembre 2022)
  • Répression sanglante et échec de l'organisation du mouvement protestataire
  • Contexte géopolitique favorable à l'Iran (axe sino-russe, intégration aux BRICS)
  • Dégradation de la légitimité du régime religieux et autoritaire
  • Fracture entre un peuple plus éduqué/urbain et un système politique obsolète

Il est douloureux de commémorer la mort d’une victime de l’arbitraire, et plus encore de prendre acte de l’échec du vaste soulèvement populaire auquel elle a donné naissance. Il y a un an, le 16 septembre 2022, en Iran, le décès de la jeune Mahsa Amini aux mains de la police des mœurs pour un voile jugé mal porté avait déclenché un mouvement de protestation sans guère de précédent par son ampleur. Le courage de manifester dans une dictature aussi impitoyable, comme la force des slogans, à commencer par le plus célèbre et le plus universel, « Femme, vie, liberté », avait frappé le monde.

Cette mobilisation horizontale a, hélas, été emportée par les mêmes faiblesses qui avaient condamné une décennie plus tôt une bonne partie des « printemps arabes ». Ses forces, la spontanéité, l’imprévisibilité et la viralité, n’ont pas compensé ses faiblesses, l’absence d’organisation, de figures de proue et de programmes constitutifs de véritables feuilles de route politiques. Ce qui permet de rassembler sous les radars d’un Etat policier ne protège pas de la répression, surtout lorsqu’elle ne se fixe plus aucune limite.

La géopolitique a également joué au profit du pouvoir. Demander encore plus de pressions extérieures, une requête insistante de la diaspora que ce pouvoir instrumentalise pour dénoncer un complot ourdi par des puissances hostiles, devient illusoire quand l’émergence d’un axe révisionniste sino-russe offre à Téhéran des marges de manœuvre politiques et économiques inespérées. L’intronisation de l’Iran au sein des BRICS, voulue par Pékin et actée à Johannesburg en août, en atteste.

La violence que le régime iranien a déchaînée pour éteindre la contestation, au prix de centaines de morts, a fait son œuvre, mais au prix également de l’aggravation dramatique de la fracture entre ce régime et son peuple. Ce dernier n’oubliera pas. Laisser profaner, sans doute par les miliciens du régime, des tombes des victimes de cette répression, une ignominie documentée par Amnesty international, témoigne de l’impasse immorale dans laquelle s’enferme un pouvoir dirigé par un Guide aveugle et sourd, Ali Khamenei, qui est son visage depuis près de trente-cinq ans.

En l’espace de quelques années, la dérive autoritaire iranienne a produit des résultats dévastateurs. Le simulacre de la présidentielle de 2020, qui a installé l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi au pouvoir, a définitivement enterré l’idée même de République, chancelante depuis le trucage des résultats électoraux de 2009. Le régime ne tolère plus de réformateurs en son sein, même sous contrôle. Quant à sa qualification d’« islamique », elle a sombré dans la puissante contestation de son symbole, le voile, au moment où le grand rival religieux, l’Arabie saoudite sunnite, subordonne au contraire le wahhabisme de ses origines aux impératifs d’une modernisation autoritaire.

Incapable de répondre à la crise économique alimentée par sa kleptocratie et son incompétence, que son aventurisme nucléaire a encore accentuée, le régime militaro-religieux iranien a rompu avec un peuple qui n’a plus guère à voir avec celui de ses débuts. Ce dernier est désormais bien plus nombreux, bien plus urbain et bien plus éduqué, à commencer par les femmes. Ce peuple se forge à l’épreuve des vagues de contestation et de répression qu’il subit, et il a l’avenir pour lui.

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