Traité plastique: Genève, l’espoir d’un accord mondial
Source: 20 Minuten | Original Published At: 2025-08-04 04:09:21 UTC
Key Points
- Réunion à Genève de représentants de 180 pays pour négocier un traité mondial contre la pollution plastique
- Objectif de limiter la production de plastique, qui pourrait tripler d'ici 2060 selon l'OCDE
- Échec des discussions précédentes à Busan en décembre 2024 dû à l'opposition de pays producteurs de pétrole
- Présence de 300 points de désaccord dans le projet de traité, notamment sur la limitation de la production de plastiques neufs
- Inquiétudes sur les impacts sanitaires des microplastiques et des produits chimiques comme les PFAS
- Pression des petits États insulaires et d'ONG pour un traité ambitieux, face aux lobbyistes de l'industrie fossile
Les représentants de près de 180 pays se réunissent à partir de mardi à Genève pour élaborer un traité mondial contre la pollution plastique.
Des océans au corps humain, la planète va-t-elle commencer à se déplastifier au bord du lac Léman? Les représentants de près de 180 pays se retrouvent mardi à Genève pour une nouvelle séquence diplomatique cruciale, dans l’espoir d’élaborer le premier traité mondial pour éliminer la pollution plastique.
Sur fond de tensions géopolitiques et commerciales exacerbées, cette session supplémentaire de négociations intergouvernementales de dix jours (baptisée CIN5-2) a été ajoutée après l’échec des discussions menées à Busan en Corée du Sud en décembre. Un groupe de pays producteurs de pétrole y a bloqué toute avancée.
L’enjeu est énorme. Si rien n’est fait, la consommation mondiale de plastique pourrait tripler d’ici à 2060, selon les projections de l’OCDE. Et la production de déchets plastiques dans les sols, les cours d’eau, du sommet des montagnes aux océans, devrait bondir de 50% d’ici à 2040, selon le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), qui assure le secrétariat des négociations onusiennes. La planète produit actuellement 460 millions de tonnes de plastique chaque année, dont la moitié à usage unique. Et moins de 10% des déchets plastiques sont recyclés.
En se décomposant en micro et nanoplastiques qui contaminent les écosystèmes, les polymères pénètrent jusque dans le sang et les organes humains, montrent des études récentes. Les conséquences, encore largement inconnues sur la santé des générations actuelles et à venir, sont dénoncées par une coordination de quelque 450 scientifiques de 65 pays qui suivent les débats.
«Squelette de traité»
Malgré l’extrême complexité de la négociation, qui touche des intérêts antagonistes de la société moderne (produits chimiques, développement économique versus environnement, santé), «il est très possible de quitter Genève avec un traité», a déclaré cette semaine à la presse la Danoise Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE.
Le diplomate qui préside les débats, l’Équatorien Luis Vayas Valdivieso, a publié après l’échec de Busan un projet de texte comportant plus de 300 points de désaccord qui devront être négociés jusqu’au 14 août, avant de parvenir à un traité. Le plus difficile concerne le fait d’inscrire (ou non) dans le traité une limitation de la production de plastiques neufs, note Saeed Hamid, d’une coalition regroupant 39 États insulaires. Des pays pétroliers comme l’Arabie saoudite, l’Iran ou la Russie ne veulent pas en entendre parler. Autre point dur, l’établissement d’une liste de produits chimiques jugés «problématiques» pour la santé ou l’environnement: PFAS (polluants dits «éternels»), perturbateurs endocriniens, phtalates, bisphénols…
«Personne ne veut voir une nouvelle prolongation de la négociation (…) Il est possible qu’un squelette de traité émerge des discussions, même s’il sera probablement sans financement, sans tripes et sans âme», relève auprès de l’AFP Bjorn Beeler, directeur du réseau d’ONG IPEN, basé en Suède.
«Le contexte est difficile», ajoute une source diplomatique qui requiert l’anonymat «puisqu’on ne peut pas complètement écarter ce qui se passe ailleurs dans le multilatéralisme, et donc le nouveau rôle des États-Unis, ou les BRICS qui travaillent à se réorganiser».
Lobbyistes présents
Les enjeux «attirent beaucoup l’attention des pays en développement», soit parce qu’ils sont producteurs de plastique avec un risque de fort impact sur leur économie si le traité est adopté, soit parce qu’ils subissent la pollution plastique et réclament des comptes», souligne la même source.
À Nice en juin, lors de la conférence onusienne sur les océans, 96 pays, allant de minuscules États insulaires au Zimbabwe en passant par les 27 de l’Union européenne, le Mexique ou le Sénégal, ont appelé à un traité ambitieux, incluant un objectif de réduction de la production et de la consommation de plastiques.
«Cela ne doit pas être, comme le demandent certains dans l’industrie notamment, un traité portant uniquement sur le financement de la gestion des déchets plastiques», s’inquiète Ilane Seid, présidente de l’alliance des petits États insulaires. «Lors de cette négociation finale, les gouvernements doivent agir dans l’intérêt des gens, pas des pollueurs», ajoute Graham Forces de Greenpeace, qui dénonce la présence massive de lobbyistes de l’industrie fossile en marge des négociations.