L’ambassadeur d’Iran en Suisse: “Tant que nous ne sommes pas attaqués, nous ne ferons rien”
Source: rts.ch | Original Published At: 2025-07-28 10:43:37 UTC
Key Points
- La trêve entre l'Iran et Israël est décrite comme "fragile" en raison du manque de confiance envers Israël.
- L'Iran affirme qu'il n'agira pas sans provocation: "Tant que nous ne sommes pas attaqués, nous ne ferons rien".
- Téhéran reste ouvert au dialogue avec les États-Unis et l'UE sous conditions de confiance et d'accords équilibrés.
- L'Iran refuse d'abandonner son programme nucléaire civil, y compris l'enrichissement d'uranium.
- Critique envers l'UE pour sa "politique de pression" et son inaction après l'échec de l'accord nucléaire de 2015.
- L'Iran accuse Israël de posséder des armes nucléaires en violation des résolutions du Conseil de sécurité.
- Téhéran affirme avoir reçu le soutien de 120 pays et d'organisations comme les BRICS pendant le conflit.
Après les douze jours de guerre, la trêve entre l’Iran et Israël tient toujours, mais sur un fil. Téhéran, soupçonné par Washington et Tel Aviv de viser la bombe nucléaire, rejette les accusations et maintient une ligne de défiance envers l’Occident, tout en se disant ouvert au dialogue. L’ambassadeur d’Iran en Suisse s’en est expliqué au micro de la RTS.
Alors que la trêve instaurée il y a un mois et quelques jours avec Israël reste incertaine, Mahmoud Barimani ne cache pas la méfiance de Téhéran. Dans un entretien accordé vendredi à l’émission Tout un monde, il explique que le cessez-le-feu reste “fragile” pour une raison bien claire. “Israël n’est pas digne de confiance, en raison de ses antécédents troubles.”
L’ambassadeur iranien en Suisse affirme néanmoins que son pays n’agira pas sans provocation: “Tant que nous ne sommes pas attaqués, nous ne ferons rien”, explique-t-il.
En parallèle, l’Iran dit rester ouvert au dialogue, y compris avec les États-Unis, mais en posant certaines conditions. “Nous ne faisons pas confiance aux États-Unis. Ils doivent instaurer la confiance nécessaire et indispensable”, avertit-il. “Toute nouvelle discussion est possible si l’autre partie est prête à conclure un accord juste, équilibré et mutuellement bénéfique”, ajoute-t-il.
Un programme nucléaire que l’Iran n’abandonnera pas
Les pourparlers ouverts vendredi à Istanbul avec la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni s’inscrivent quant à eux dans une continuité diplomatique, selon Mahmoud Barimani. “Il s’agit de la poursuite de discussions antérieures. Nous devions leur faire comprendre, en particulier après la guerre, que la position de l’Iran reste forte et inébranlable.”
Téhéran refuse en effet toute remise en cause de son droit à développer une énergie nucléaire civile: “Nous ne renoncerons pas au droit légitime de notre peuple à utiliser le programme nucléaire pacifique, y compris l’enrichissement”, détaille l’ambassadeur iranien.
Selon le diplomate, l’Union européenne doit mettre de côté son ancienne “politique de pression et de menace”, notamment “le mécanisme de snapback (procédure qui permet de rétablir automatiquement les sanctions internationales contre l’Iran en cas de non-respect présumé de l’accord nucléaire, NDLR)”, qui n’a d’après lui aucune base juridique ou morale. Il reproche aussi aux Européens leur inaction après l’échec de l’accord de 2015. “L’Union européenne et les trois pays – France, Allemagne, Royaume-Uni – ont échoué à défendre les principes fondamentaux du droit international”, accuse-t-il.
Israël possède des armes nucléaires, contrairement aux résolutions du Conseil de sécurité Mahmoud Barimani, ambassadeur d’Iran en Suisse
Quant aux accusations portées par Israël, qui affirme que l’Iran développe l’arme nucléaire, Mahmoud Barimani préfère renverser la critique: “Israël possède des armes nucléaires, contrairement aux résolutions du Conseil de sécurité, et ne permet pas à l’AIEA d’inspecter ses installations”, explique-t-il.
Questionné sur la question de la transparence iranienne, il reconnaît que les inspections ne sont plus systématiques: “Après la guerre, le Parlement iranien a adopté une loi qui donne au Conseil national suprême le pouvoir de décider au cas par cas de la coopération avec l’AIEA”, rappelle-t-il.
Pas d’isolement diplomatique
Dépeint comme isolé sur la scène diplomatique pendant le conflit, l’Iran affirme au contraire avoir bénéficié d’un large soutien. “Cent vingt pays ont condamné l’acte d’agression d’Israël”, rappelle l’ambassadeur. Et de citer également les prises de position d’organisations comme l’Organisation de la coopération islamique, les BRICS ou encore l’AIEA.
Certes, la Chine et la Russie ne sont pas intervenues militairement, mais leur appui n’en reste pas moins significatif selon lui. “Ces pays ont condamné l’agression israélienne et soutenu l’Iran, politiquement. [Militairement], nous nous appuyons avant tout sur nos forces armées compétentes et sur le soutien résolu de notre population”, conclut-il.