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Trois pays africains se retirent de la Cour pénale internationale

Trois pays africains se retirent de la Cour pénale internationale
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Source: La Presse | Original Published At: 2025-09-29 04:00:00 UTC

Key Points

  • Le Mali, le Niger et le Burkina Faso annoncent leur retrait de la Cour pénale internationale (CPI), l'accusant d'être un « instrument de répression néocoloniale ».
  • Les trois pays justifient leur décision par la critique d'une justice internationale « sélective » ciblant principalement des Africains.
  • Sur 33 affaires de la CPI, 31 impliquent des Africains, notamment des chefs de guerre congolais, des djihadistes maliens et l'ex-président ivoirien Laurent Gbagbo.
  • Des experts craignent que ce retrait n'encourage l'impunité et n'affaiblisse davantage les institutions internationales.
  • La CPI reste compétente pour enquêter sur des crimes commis au Mali avant la notification officielle du retrait, selon Amnistie internationale.

Le Mali, le Niger et le Burkina Faso se détournent de plus en plus de l’Occident. Après avoir rompu leurs liens avec la France, les trois pays du Sahel ont annoncé qu’ils claquaient la porte de la Cour pénale internationale (CPI).

La nouvelle a été annoncée la semaine dernière dans un communiqué commun, qui qualifie la CPI d’« instrument de répression néocoloniale aux mains de l’impérialisme ».

Outre un désir d’affirmer « pleinement leur souveraineté », le Niger, le Mali et le Burkina Faso accusent le tribunal international de s’acharner sur des personnalités du continent africain, une critique maintes fois formulée à l’endroit de cette institution.

En 2016, trois autres pays africains avaient d’ailleurs menacé de quitter la CPI : la Gambie, l’Afrique du Sud et le Burundi. Seul le Burundi avait franchi le pas.

Sur 33 affaires saisies depuis la fondation de la CPI, 31 impliquent en effet des Africains. Du lot, on compte des chefs de guerre congolais (Bosco Ntaganda, 30 ans de prison), des djihadistes maliens (Al-Hassan, 10 ans) ou l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo (acquitté).

Miriam Cohen, professeure de droit international à la faculté de droit de l’Université de Montréal, rappelle toutefois que « plusieurs enquêtes et situations en cours à la CPI ne sont pas en Afrique ».

Ces dernières années, la Cour pénale internationale a notamment lancé un mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine et d’autres responsables russes de la guerre en Ukraine, de même que contre le premier ministre d’Israël, Benyamin Nétanyahou, son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, et un ancien leader du Hamas (Mohammed Deif, mort).

L’ancien président des Philippines Rodrigo Duterte, 80 ans, vient pour sa part d’être inculpé pour crimes contre l’humanité, pour 76 meurtres commis dans le cadre de sa guerre contre la drogue.

Mme Cohen estime en outre que le retrait unilatéral du Burkina Faso, du Mali et du Niger n’est peut-être pas le meilleur moyen de protester contre une justice qu’ils considèrent comme « sélective ».

« Si le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont des préoccupations légitimes concernant les activités de la CPI vis-à-vis de leur pays, ils pourraient soulever ce type de questions en tant qu’États membres, dans le cadre d’un dialogue au sein de l’Assemblée des États parties », dit-elle.

Les trois pays d’Afrique de l’Ouest, tous dirigés par des juntes militaires qui ont pris le pouvoir par des coups d’État entre 2020 et 2023, ont annoncé que leur retrait était « effectif immédiatement ». En réalité, il ne peut être acté qu’un an après sa notification officielle au secrétaire général de l’ONU. Selon l’ONG Amnistie internationale, il n’aura pas non plus d’incidence sur l’enquête en cours de la CPI au Mali pour des crimes commis depuis janvier 2012.

Selon France-Isabelle Langlois, directrice d’Amnistie internationale Canada francophone, ce retrait groupé est préoccupant, dans un contexte où les institutions internationales sont terriblement mises à mal par les États membres qui « bafouent de plus en plus leurs obligations et leurs responsabilités ».

« Ça envoie un mauvais message », dit-elle.

Mme Langlois craint que ce « recul important » n’encourage l’impunité et compromette les chances d’obtenir justice pour des crimes de guerre dans les régions concernées.

Miriam Cohen partage les mêmes inquiétudes, et redoute que ce triple retrait provoque un effet d’entraînement. « Pas seulement dans la région du Sahel, mais partout dans le monde, dit-elle. On ne veut pas que ça devienne un effet domino pour d’autres États aussi. »

Fondée en 2002 par la signature du statut de Rome, la Cour pénale internationale poursuit les auteurs de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité, lorsque les pays n’ont pas la volonté ou la capacité de le faire eux-mêmes. La Cour, dont le siège est à La Haye, aux Pays-Bas, comptait jusqu’ici 125 membres. Les États-Unis et la Russie n’en font pas partie, ni Israël, la Chine ou la Birmanie. En avril, la Hongrie s’est également retirée en réaction au mandat d’arrêt contre Benyamin Nétanyahou.

En avril, le vice-président du Conseil de sécurité de Russie, Dmitri Medvedev, a par ailleurs évoqué la possibilité d’un tribunal alternatif à la CPI, qui pourrait être créé dans le cadre du groupe économique des BRICS, qui comprend notamment la Chine, l’Inde et la Russie. Il avait précédemment comparé le mandat d’arrêt contre Vladimir Poutine à du papier de toilette…

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